« Dénoncer la mascarade électorale», telle était la volonté des lycéens qui ont bloqué laccès à leurs établissements à trois jours du premier tour de la présidentielle. Un projet préparé depuis plusieurs semaines qui a pourtant eu du mal à fédérer, et dont le but reste flou pour beaucoup.

Devant le lycée Charlemagne dans le 4è arrondissement, Jérôme, papillonne d’un groupe à un autre pour relayer des informations sur la manif de 11 heures « Rendez-vous à 10h30 à Saint Paul ». Le jeune lycéen s’active, pour lui, il faut à défaut de pouvoir voter, faire entendre « le refus d’une mascarade électorale ». Une phrase revient « notre silence sera synonyme d’acceptation ». Et pour lui comme pour d’autres, il n’en est pas question. « On nous parle de vote utile, mais ce n’est pas digne d’une démocratie ce raisonnement. Nous sommes jeunes, mais on se rend bien compte que cette élection est particulièrement …Sombre…»

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L’accès au lycée Charlemagne dans le 4è bloqué par les élèves

Les récentes affaires et polémiques autour des candidats à la présidentielle ont terni l’image des politiques auprès des jeunes. Désabusés, les élèves ont organisé des assemblées générales depuis plusieurs semaines pour manifester leur ras le bol. Ce qui n’empêche pas certains d’êtres passé à côté, comme Mathilde et Louisa, qui ont appris la nouvelle hier soir sur les réseaux sociaux. Elles avaient participé aux blocus de février en soutien à Théo, mais ne se sentent pas concernés par ce thème, qui reste pour elle flou. Même sentiment pour Jim et Alexandre « Si le blocus avait été organisé contre un candidat, ou pour un candidat, cela aurait été plus clair, mais là…. On ne comprend pas vraiment. ».

Pour le conseiller principal d’éducation Jean-Philippe Rémi aussi, le motif du blocage est « incompréhensible ». Il prête cette mobilisation à l’instrumentalisation « de militants d’extrême gauche qui sont régulièrement aux abords de l’établissement. ». Il a fini par passer un accord avec ses élèves : ils lui remette une liste avec le noms de ceux qui iront à la manifestation de 11h00, et les absences de ceux indiqués ne seront pas comptabilisées. En échange, le blocage qui avait du mal à tenir est levé. Il indique avoir concédé de ce compromis afin de pouvoir laisser les élèves s’en sortir « la tête haute». A quelques mètres, un petit groupe s’active pour dégager les poubelles accumulées dans le quartier qui ont permis de bloquer l’accès du lycée.

« Cinquante élèves vont à la manifestation »

Lise affiche une mine déçue et claque des dents en évoquant le déroulé de la matinée. Présente depuis 05h45, elle était de ceux qui ont organisé le blocage. Cette lycéenne en seconde déplore le peu de personnes venues lui prêter mains fortes : une petite dizaine. La veille, ils étaient pourtant 127 à avoir voté en faveur de l’opération réfléchie depuis plusieurs semaines. A quelques mètres de là, au lycée Sophie Germain, l’opération a réussi. Jérôme arrive devant les quelques lycéens réunis et annonce « Cinquante élèves de Charlemagne vont à la manifestation ». Une annonce qui réjouit et motive ses camarades.

Au même moment, place de la Nation, une dizaine de camions de CRS se suivent, dans l’attente de lycéens qui ne viendront jamais : ils ont fixé leur rendez-vous à la Concorde. Le lieu du rassemblement a été tenu secret jusqu’au dernier moment pour éviter que le quadrillage du secteur par la police. Une opération de brouillage réussie pour les organisateurs. La place de la Concorde est relativement vide à l’arrivée du cortège. Banderoles, fumigènes, haut-parleur et tam tam rythment la manifestation. Après une progression en plein milieu de l’avenue des Champs Élysées, les lycéens sont repoussés par des policiers au niveau de la rue de Marignan. A quelques mètres seulement de leur objectif : le palais de l’Elysée, symbole par excellence de « la mascarade présidentielle ». S’ensuit une heure dans les rues de la capitale, rythmée des slogans « tout le monde déteste les élections » et « siamo tutti anti fascisti ». Le bilan : un bureau du PS vandalisé, et au mois une arrestation.

Reportage au cœur de la manifestation :

Texte et photos : Alexandra Quarini

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